| L'extraction de la résine dans les Landes
: (vous trouverez ici les images détaillées du travail d'un
résinier)
Réaction de l'arbre à la blessure des assises génératrices, la
production de résine est une particularité physiologique très anciennement
mise en valeur dans la région, attestée dès le néolithique par la présence
d'anciens fours à résine ou goudron. Les principales zones de production
ancestrale étaient les forêts de vieilles dunes.
.En l'absence d'un marché du bois, les produits résineux, tels que les
pains de résine (pour les chandelles et les torches) et la poix provenant
d'une cuisson prolongée de la résine, y étaient les majeures sources de
revenu des populations forestières. La méthode primitive du gemmage au
crot s'est pratiquée jusqu'au XIXe siècle.
La résine était recueillie dans un trou creusé au pied de l'arbre dans
lequel elle s'écoulait depuis l'incision ou carre par des conduits creusés
le long du tronc. Une considérable amélioration technique a été apportée
avec la généralisation de 1860 à 1880 du pot ascensionnel inventé par
Pierre Hugues. La résine s'écoule dans un pot de terre cuite fixé au tronc
et remonté en même temps que la carre. Les avantages sont multiples:
produit plus pur, diminution des pertes par évaporation et infiltration,
arbres moins blessés...
Ce gemmage traditionnel est devenu une image symbole des Landes de
Gascogne. Il a fortement imprimé sa marque dans la vie locale et la
sylviculture du pin maritime. La forêt vibrait au rythme de ce travail
saisonnier.
Le système est simple et vieux comme la forêt de pins. Il consiste à
ouvrir une plaie dans l’écorce de l’arbre. Cette plaie est entretenue
ouverte de telle sorte que la sève s’écoule dans un petit pot de terre
cuite qui est fixé au dessous de la plaie par des attaches en zinc (le fer
rouillant, le pot tomberait). La récolte de la sève suit des règles
établies...
On ouvre la première plaie sur un pin "mûr" c’est à dire d’au moins vingt
cinq ans, à la fin de l’hiver et on commence par l’Est la première année,
le nord la seconde, puis l’ouest et le sud. La cinquième année on laisse
l’arbre reprendre des forces puis on recommence à l’est mais un bon mètre
au dessus, ainsi de suite pendant des nombreuses années...
Au cours d'environ six amasses par saison, la gemme molle était collectée
dans des couartes, sortes de seaux de bois, puis vidée dans des barcous,
grands réservoirs, avant son transport en barriques vers l'usine de
distillation. En fin de campagne, en octobre-novembre, le gemmeur
recueillait la résine solidifiée (ou barras) sur la carre, en raclant
celle-ci au barrasquit. Après la dernière guerre, en 1947, s'est
développée la méthode du gemmage activé. L'incision est effectuée à la
rainette sur 1,5 cm de haut et moins profondément, sans affecter le bois.
La sécrétion de résine est activée par pulvérisation d'acide, les
rendements sont améliorés. Un gemmeur produit 12 000 litres de gemme par
an à partir de 6 000 carres.
La production de résine du massif gascon, qui a atteint un maximum de 178
millions de litres en 1920, pour se stabiliser vers les 60 à 80 millions
de 1945 à 1960, n'a pas cessé de chuter depuis, passant à 3 millions de
litres en 1980. Dans les années 1970-1980 ont été effectuées plusieurs
tentatives de relance en améliorant l'organisation et les conditions de
travail.
Malgré les résultats encourageants de la collecte en poches plastique
remplaçant les traditionnels pots, l'activité du gemmage a quasiment
disparu sous la pression conjuguée des difficultés du métier, de l'exode
rural et surtout de la compétition mondiale. La gemme, qui n'est pas
considérée comme un produit agricole, ne bénéficie pas de protection de la
Communauté européenne.
Pendant que la disparition des gemmeurs (15 000 en 1950, 3500 en 1970)
transformait profondément la vie de la forêt, le besoin en gemme de la
France se stabilisait aux alentours de 60 millions de litres importés de
pays à moindre coût de production {Portugal, Espagne, Chine...).
En effet, l'intérêt des multiples produits dérivés de la gemme se
perpétue. Par distillation, la résine est séparée en une essence volatile,
la térébenthine et un produit sec, la colophane. Ce sont ces deux matières
premières qui sont importées pour divers usages industriels et
domestiques: chimie, peintures et vernis, produits d'entretien, papeterie,
caoutchoucs synthétiques, encres d'imprimerie, adhésifs, colles, produits
pharmaceutiques...
* Texte extrait de l'ouvrage "La forêt landaise" Jean Montané O.N.F |